En se diffusant dans notre environnement, les pesticides peuvent se transformer en une ou plusieurs autres molécules appelées "métabolites" qui peuvent rester présentes pendant plusieurs années dans l’environnement. La chloridazone desphényl et la chloridazone méthyl desphényl sont des métabolites issus de la dégradation dans le sol ou dans l’eau de la chloridazone, un pesticide utilisé principalement dans la culture des betteraves des années 1960 jusqu’à fin 2020.
Quelle est la valeur sanitaire maximale de ces deux métabolites ?
En juillet 2024, l’ANSES a établi une valeur sanitaire maximale (Vmax, c’est-à-dire le taux de métabolite au-delà duquel l’eau ne doit plus être consommée) pour chacun des deux métabolites : 11 μg/L pour la chloridazone desphényl et 110 μg/L pour la chloridazone méthyl desphényl.
Qu’est-ce que la « limite de qualité » (0,1 μg/L) ?
La « limite de qualité » (0,1 μg/L pour les métabolites) est uniquement une valeur environnementale (et non une valeur sanitaire) établie au niveau européen. Comme son nom l’indique, cette « limite de qualité » a pour objectif de réduire la présence de ces résidus de pesticides au plus bas niveau de concentration dans l’eau.
Une eau contenant des teneurs en métabolites supérieures à 0,1 μg/L est qualifiée de « non conforme » au regard de cette valeur environnementale, mais elle n’est pas forcément impropre à la consommation. La consommabilité de l’eau est établie au regard d’une autre valeur, fixée par l’ANSES : la valeur sanitaire maximale (Vmax).
Chaque année, l’ARS Hauts-de-France réalise plus de 24 000 prélèvements et analyses d’eau de consommation, sur plus de 6 000 points de surveillance répartis dans toute la région. Plus de 300 substances ou paramètres (pH, turbidité…) sont recherchées lors de ces contrôles, faisant ainsi de l’eau du robinet l’aliment le plus contrôlé.
L’Union Européenne et le ministère de la Santé ont demandé aux ARS fin 2020 de rechercher de nouvelles substances, parmi lesquelles les métabolites de pesticides pertinents.
Avec un objectif clair : renforcer, encore et toujours, les connaissances permettant de garantir la qualité et la sécurité de l’eau que nous consommons. Dès janvier 2021, l’ARS Hauts de France a intégré ces deux métabolites dans la liste des substances recherchées dans l’eau du robinet.
Lorsque l’ARS Hauts-de-France a engagé les premières analyses début 2021, l’ANSES n’avait pas encore établi de Vmax concernant les métabolites de la chloridazone.
Autrement dit, le taux de métabolites à partir duquel des mesures de gestion devaient être engagées (par exemple une restriction de la consommation de l’eau) n’était pas encore déterminé au niveau national.
Dès ces premières analyses, l’ARS a alors sollicité (février 2021) le ministère de la santé afin que l’ANSES puisse se pencher sur l’établissement d’une Vmax.
Pour autant, l’ARS n’a pas attendu la détermination de Vmax au niveau national pour agir :
- Dès le 1er trimestre 2021, l’ARS a mis en place un recontrôle systématique en cas de dépassement de la valeur environnementale de 0,1 µg/L et surtout un programme de surveillance avec contrôle tous les 3 mois des unités de distribution (secteurs du territoire desservis par la même eau) concernées. L’objectif était d’engranger des données sur la présence de ces molécules nouvellement recherchées et de suivre l’évolution des concentrations pour différents contextes climatiques (basses eaux/hautes eaux).
- Dès juin 2021, l’ARS a proposé aux préfectures d’informer les entités responsables de la distribution et de la qualité de l’eau (selon les cas la commune, le groupement de communes, le délégataire de service public) dès que des dépassements en métabolites étaient détectés, et de les aider dans leur communication à la population en leur fournissant au besoin une note d’information.
- En juin 2022, le ministère de la santé a fixé par précaution une « valeur sanitaire transitoire » à 3 μg/L. L’ARS et les préfectures ont immédiatement adapté leur stratégie de gestion à cette nouvelle norme.





