Elus : comprendre le contrôle de la qualité de l’eau du robinet en 6 points

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L’eau du robinet est l’aliment le plus surveillé en France. Sa qualité est garantie par des contrôles très rigoureux faits à la fois par les gestionnaires d’eau (commune, syndicat…) et par l’ARS, y compris sur des nouveaux polluants de type PFAS. Au total, plus de 300 substances sont recherchées lors des contrôles, dont plus de 200 dans la famille des pesticides.

  • Pour protéger au maximum les habitants, il y a un double contrôle de l’eau du robinet. Au quotidien, l’eau est surveillée par le gestionnaire d’eau qui est responsable de sa distribution. Le gestionnaire doit ainsi s’assurer de la qualité de l’eau, faire si besoin les traitements ou les travaux nécessaires et informer la population en cas de risque.
  • Des contrôles supplémentaires et plus poussés sont réalisés par l’ARS pour s’assurer du respect des normes réglementaires. Quand c’est nécessaire, l’agence fait plus de contrôles que prévu ou prend l’initiative de chercher des polluants non obligatoires. L’ARS HDF recherche par exemple les PFAS dans l’eau du robinet depuis 3 ans, bien avant que cela ne soit imposé.
  • En plus des 24 000 contrôles qu’elle fait chaque année dans la région, l’ARS conseille les communes pour mieux protéger l’eau et les aider à trouver des solutions si une pollution est présente.

  • L’analyse de l’eau du robinet sert à deux choses : savoir si elle contient des polluants et, lorsque c’est le cas, si la quantité de polluants retrouvée dans l’eau est dangereuse pour la santé.
  • Un premier niveau d’alerte est déclenché par l’ARS dès que des traces infimes de polluants sont détectées. Pour les pesticides par exemple, ce premier niveau est fixé à 0,000001 gramme par litre d’eau (0,1 microgramme ou ug/L), pour chaque pesticide surveillé. C’est l’équivalent d’un quart de gramme dans 1 piscine olympique.
  • Si cette première limite - appelée limite de qualité - est dépassée, l’eau est dite « non conforme » puisqu’elle contient des traces de polluants qui ne devraient pas s’y trouver. Mais vu les quantités très faibles, l’eau n’est pas considérée dangereuse pour la santé et peut donc être consommée. Le gestionnaire est toutefois tenu d’engager des actions pour  baisser les concentrations sous la limite de qualité.

Un deuxième niveau d’alerte est déclenché par l’ARS dès qu’il y a un danger pour la santé. Cette ligne rouge à ne pas dépasser, appelée valeur sanitaire maximale (Vmax), est établie par des autorités scientifiques indépendantes. Elle n’est pas la même pour tous les polluants et varie en fonction de leur toxicité. Le Chlorothalonil par exemple est considéré dangereux pour la santé à partir de 0,045 milligrammes par litre d’eau. 

Si la pollution dépasse la limite de qualité mais reste sous la Vmax, le responsable de la distribution de l’eau doit proposer une solution (traitement, raccordement à un autre réseau, mélange…) et obtenir une dérogation temporaire du préfet pour continuer à distribuer l’eau. Si la Vmax est dépassée, l’eau ne peut plus être bue et le gestionnaire doit fournir une eau en bouteille, en citerne…

En Hauts-de-France, les interdictions totales de consommation de l’eau du robinet sont très rares, quelques situations par an souvent liées à une pollution ponctuelle. Aucune commune n’était concernée en 2025 par une interdiction durable liée à des polluants chimiques.

  • Les PFAS ont déjà été recherchés dans l’intégralité du réseau d’eau potable : aucun dépassement de la limite de qualité n’est actuellement constaté dans la région. Pour les pesticides et leurs résidus (métabolites), aucun dépassement des valeurs sanitaires n’est constaté dans la région.
  • Par précaution dans certains territoires de la région, l’eau ne peut pas être consommée par les nourrissons et les femmes enceintes ou allaitantes, principalement à cause des perchlorates et/ou des nitrates. Dans ce cas, les habitants sont informés par le gestionnaire.
  • Une proportion importante du réseau d’eau contient des traces de polluants qui dépassent la limite de qualité mais pas la Vmax. Même si cette eau peut être bue sans risque pour la santé, des efforts sont déployés pour faire baisser la présence des produits dans l’eau du robinet. 

  • Les valeurs sanitaires évoluent à la hausse ou à la baisse parce que les connaissances scientifiques s’améliorent. Les recommandations sanitaires peuvent aussi changer, pour les mêmes raisons.
  • Pour savoir si l’eau est potable, il faut l’analyser au robinet et pas à la source, car des traitements ou autre solution technique sont effectués entre les deux par le gestionnaire de l’eau.
  • Les analyses de l’eau faites par l’ARS sont accessibles à tous en open data. Chaque résultat est systématiquement communiqué par l’ARS au gestionnaire de l’eau. Il doit en informer les habitants.
  • La décision d’interdire la consommation de l’eau dépend de la substance trouvée et du risque pour la santé. En cas de présence d’Escherichia Coli par exemple, le danger est avéré et immédiat : il faut interdire la consommation sans attendre. Pour des substances dont les effets sont possibles et à long terme, comme certains pesticides, on n’interdit pas forcément l’eau tant que la Vmax n’est pas dépassée. Mais il faut impérativement faire des traitements ou des travaux pour améliorer la qualité de l’eau et la protéger.

Maire

Obligation pour tout maire, indépendamment de sa compétence éventuelle sur l’eau potable.

  • Garant de la salubrité publique sur sa commune.
  • Assure l’information de la population de sa commune (affichage des résultats du contrôle sanitaire en mairie et par tout autre moyen, présentation annuelle au conseil municipal d’un rapport sur la qualité et le prix du service public de l’eau potable, information en cas de non-conformité…).

ARS

  • Met en œuvre le contrôle sanitaire (surveillance de 2ᵉ niveau, en complément de l’autosurveillance).
  • Diffuse les résultats du contrôle sanitaire via les bulletins sanitaires, des bilans épidémiques sur la qualité de l’eau (info factures) et le site internet de l’ARS HDF : données communiquées à la population par le maire ou le gestionnaire d’eau potable.
  • Délivre des avis sanitaires.
  • Gère les situations à risque (pour le compte du préfet).
  • Inspection/contrôles des installations.

Gestionnaire public d’eau potable *

Maître gérant en régie ou président d’un syndicat public d’eau potable.

  • Responsable de la qualité de l’eau distribuée (donc fournit les éléments nécessaires aux autorités).
  • Surveille en permanence la qualité de l’eau (autosurveillance).
  • En cas d’anomalies : prend des mesures correctives et informe les usagers, les maires, l’ARS et le préfet.
  • Contribue à la gestion et à la préservation de la ressource en eau (si responsable de la production).

*Le code de la santé publique utilise le terme de Personne responsable de la production ou de la distribution d’eau potable (PRPDE).

Préfet (en lien avec l’ARS)

  • Responsable de l’instruction des demandes de protection des captages (DUP), d’autorisation des installations de production et de distribution, de dérogation aux limites de qualité.
  • En cas de risque pour la santé des personnes, il demande au gestionnaire d’eau de prendre les mesures correctives et/ou les restrictions d’usage qui s’imposent et s’assure de l’information du public concerné (sur propositions de l’ARS).